En tant qu’instructeurs de Krav Maga, nous espérons toujours que rien n’arrivera à nos élèves. Mais nous savons aussi que nous leur apprenons à réagir correctement si jamais ils devaient se trouver confrontés à une agression. 

Il y a quelques mois, j’ai remarqué un changement dans l’attitude d’un des élèves du cours adolescents de Go4Krav Auderghem. D’un coup, il semblait plus sûr de lui qu’au cours précédent. Il effectuait les exercices avec plus d’assurances et de précision, il réagissait plus rapidement, bref, il semblait avoir franchi une étape dans son évolution.

Je l’ai pris à part après le cours pour le féliciter. « Je voulais juste te dire que tu as fait de beaux progrès en un coup », ai-je commencé. « Tu as une attitude beaucoup plus positive et assurée, et tes mouvements sont plus précis qu’avant, tu peux être fier de toi. » Sa réponse m’a soufflé. « En fait la semaine dernière, quelqu’un a essayé de me faire un sale coup. J’étais avec un ami, il s’est approché de nous et a commencé à chercher la bagarre. Je lui ai dit plusieurs fois calmement de partir, mais il a continué à s’approcher. À un moment, il a voulu m’attraper et m’immobilier en m’entourant la nuque du bras, tu sais, comme on avait vu avant les vacances de Pâques. » Je me rappelais fort bien du cours, mais j’étais surpris que deux mois plus tard l’enseignement soit encore si frais dans son esprit. Du coup, je reproduis le mouvement qu’a dû faire son agresseur. « Comme ça? ». Avant que je n’aie eu le temps de terminer ces deux syllabes, il avait déjà effectué le mouvement de dégagement approprié. « Oui, c’est ça. Je me suis dégagé comme tu nous l’a montré, mais je n’ai pas voulu le frapper à la gorge et au visage. Il avait déjà reçu un coup dans les parties et semblait inoffensif, alors j’ai décidé d’en rester là. »

Et là, j’ai ressenti une bouffée de fierté. Fierté pour cet ado qui avait réussi à conserver le sang-froid nécessaire dans une situation qui désarme pas mal de jeunes de son âge. Fierté d’avoir réussi à transmettre un enseignement qui lui avait probablement évité une humiliation, ou pire. Plein d’images se sont bousculées dans ma tête, et je me suis rappelé qu’une des raisons pour lesquelles j’avais choisi de passer deux certifications supplémentaires (celle d’instructeur pour enfants et ados, et celle d’instructeur spécialisé en conditionnement mental), c’était justement pour aider les ados victimes de harcèlement à faire face à leurs bourreaux. J’avais mille choses à lui dire, et je n’ai pas trop su par où commencer. Alors, je me suis tu. Je lui ai juste posé la main sur l’épaule. Après un moment, j’ai ajouté:  « Tu as doublement bien fait: non seulement tu t’es tiré d’affaire, mais en plus tu as pris la décision juste. Tu as utilisé la force, mais uniquement celle qui était nécessaire pour te sortir de ce mauvais pas. Je suis fier de toi. Mais surtout, tu peux être fier de toi. »

Il a redressé les épaules et m’a fait un grand sourire. Y a-t-il plus belle récompense?