Ancré dans la réalité du combat de rue, le krav maga est, dit-on, « rapide, efficace et brutal », ce qui en fait la meilleure méthode de self-défense. Ce n’est que partiellement vrai: le krav maga n’est pas qu’un ensemble de techniques, c’est aussi un état d’esprit. Et cet état d’esprit est encore plus essentiel que les techniques elles-mêmes. Pour bien le comprendre, revenons ensemble à une question essentielle.

Cette question essentielle est la suivante: qu’est-ce que la self-défense ?

Une manière de la définir serait de dire que l’objectif essentiel de la self-défense est de déterminer le plus rapidement possible quelle est la meilleure manière de réagir pour se protéger (et/ou protéger un proche, un ami ou même un tiers) dans une situation de menace ou d’agression.  Mais cette définition est à la fois trop étroite et trop peu précise:

  • trop étroite, parce que « réagir » implique que la situation s’est déjà installée au moment où nous faisons appel à la self-défense
  • trop peu précise, parce qu’elle fait l’impasse sur la signification exacte de « se protéger »

Self-défense ou non ?

Poursuivons notre réflexion par un petit jeu. À votre avis, parmi les situations suivantes, lesquelles constituent-elles de la self-défense ?

Supposons que je suis dans une ville que je ne connais pas. Je m’oriente à l’aide d’une application GPS sur mon smartphone. Celle-ci m’enjoint de tourner dans une ruelle sombre et déserte, à l’air pas très engageant.

  1. Avec un peu d’appréhension, je m’engage dans cette ruelle. Vingt mètres plus loin, deux individus à l’air patibulaire m’abordent. L’un d’entre eux sort un couteau et me dit « donne-moi ton portefeuille et ton GSM ». Je réagis à la vitesse de l’éclair: je saisis le poignet de la main qui tient l’arme, je porte une frappe au visage, je me positionne pour que le corps de celui qui tient le couteau me protège du deuxième agresseur, j’achève de le désarmer après quelques coups de genou aux parties génitales, puis je mets en fuite son complice.
  2. Avec un peu d’appréhension,je m’engage dans cette ruelle. Vingt mètres plus loin, deux individus à l’air patibulaire m’abordent. L’un d’entre eux sort un couteau et me dit « donne-moi ton portefeuille et ton GSM ». Je porte la main vers ma veste en expliquant que mon portefeuille se trouve dans la poche intérieure. J’attrape mon guide touristique de poche et je le lui lance au visage avant de m’enfuir en courant. Je regagne la rue plus fréquentée et les deux truands rebroussent chemin.
  3. Avec un peu d’appréhension, je m’engage dans cette ruelle. Vingt mètres plus loin, deux individus à l’air patibulaire m’abordent. L’un d’entre eux sort un couteau et me dit « donne-moi ton portefeuille et ton GSM ». Je porte la main vers ma veste en expliquant que mon portefeuille se trouve dans la poche intérieure. Je sors mon portefeuille, le lance et m’enfuis en courant. Concentrés sur leur « prise », les deux truands ne me suivent pas. Comme j’ai laissé mon passeport et la plupart de mes cartes de crédit dans le coffre de ma chambre d’hôtel, je n’ai pas perdu grand chose.
  4. Avec un peu d’appréhension,je m’engage dans cette ruelle. Vingt mètres plus loin, deux individus à l’air patibulaire m’abordent. L’un d’entre eux sort un couteau et me dit « donne-moi ton portefeuille et ton GSM ». Je porte la main vers ma veste en expliquant que mon portefeuille se trouve dans la poche intérieure. Je sors mon portefeuille et mon GSM, et j’engage la conversation. « Bon, écoutez, voici mon GSM. Pour ce qui est du portefeuille, vous savez bien que vous ne pourrez pas faire grand chose des cartes de crédit. J’ai 100 euros en cash, je vous les donne mais ça s’arrête là. » Ils acceptent et je quitte rapidement les lieux.
  5. Avec un peu d’appréhension, je m’engage dans cette ruelle. Dix mètres plus loin, j’aperçois deux individus à l’air patibulaire. Je me frappe le front en faisant mine d’avoir oublié quelque chose et je fais demi-tour d’un pas pressé.
  6. Cette ruelle a l’air trop louche. Je poursuis ma route. Un peu plus loin, je m’isole pour chercher un autre itinéraire.

 

Vigilance

La bonne réponse est « toutes les possibilités ». Et la plus appropriée, pour un pratiquant de krav maga, sera probablement la dernière, ou à la rigueur l’avant-dernière.

L’alternative numéro 1 représente une défense « classique » contre une menace au couteau (décrite très sommairement, naturellement).

Les alternatives 2, 3 et 4 constituent des « défenses » acceptables. Entrer dans un combat représente en effet toujours un risque. J’ignore, au moment d’agir, quel est le niveau de compétence de mes deux agresseurs. Sont-ils de simples « petites frappes »? Ont-ils des connaissances plus ou moins développées en arts martiaux? Ont-ils l’habitude de se battre ? Savent-ils se servir d’un couteau ? Autant d’inconnues qui font de cette option une des plus risquées. L’argent perdu dans cet incident justifie-t-il que je prenne ce risque ? La décision appartient à chacun, naturellement, mais prenons garde de ne pas laisser une fierté mal placée nous guider notre comportement. Les techniques 2 et 3 consistent essentiellement à créer une diversion afin couvrir sa fuite.

Mais le vrai pratiquant de krav maga a développé au fil du temps une qualité essentielle: la vigilance. Il est capable de répérer à l’avance les situations problématiques et d’agir pour les éviter (5), ou même d’évaluer les dangers potentiels d’une situation et de choisir une autre option (6).

 

Il reste encore énormément de choses à dire sur ce qui constitue la self-défense. Nous y reviendrons bientôt.